| Actualités nationales - Suisse Le groupe Suisse AIEMPR réunit des psychologues, psychiatres, psychanalystes et des théologiens, intéressés à mettre en dialogue leurs disciplines respectives.
Le groupe travaille sous forme de séminaire, selon des cycles de 3 ans, d'un congrès international à l'autre. Associatif durant une première période, le travail s'organise progressivement autour d'un axe, pour avancer vers la production de textes. Nous avons pris l’habitude de dynamiser nos réflexions par des lectures de poèmes (cf ci-contre).
Nous avons démarré la réflexion sur le thème du prochain congrès à partir de la lecture d’un texte de l’anthropologue M. Kilani sur le cannibalisme. Nous nous sommes en particulier attachés à comprendre la terreur sacrée associée à ce thème.
Nous avons poursuivi par une lecture de textes psychanalytiques (le mythe freudien de la horde, un texte d’A. Green sur le cannibalisme). De nos discussions ressort l’idée que la constitution du lien inter-subjectif se fait par delà une menace de dévoration.
Marcel Durrer a proposé une lecture de Marc 7, où le personnage de Jésus redéfinit une cartographie corporelle du sacré : il y affronte la crainte de l’empoisonnement-contamination sur l’appui d’une sagesse éliminatrice du corps.
Nous avons invité le psychanalyste Lyonnais Alain Ferrant nous parler de sa réflexion passionnante sur la façon dont Job traverse une menace de folie.
Eugenia Nicole nous a conduit dans une analyse du livre de Jonas. L’avalement de Jonas fait penser à une régression qui conduit à un cul-de-sac et qui, après inversion, produit un nouveau départ par vomissement-expulsion. Aller dans la matrice, c’est aller à l’envers; s’agit-il de ressortir par où on est entré dans la vie?
Mondher Kilani est venu discuter avec le groupe ses thèses sur le cannibalisme. Il défend en particulier l’idée que le cannibalisme fonctionne comme schème culturel, et donc comme anthropoiésis c’est-à-dire comme fabrique de l’humain. Le mot "cannibale" est inventé par Christophe Colomb, qui cherche à trouver des anthropophages chez les Arrawaks. On finit par lui répondre que les voisins ennemis, les Carribas, mangent de l’humain. Mot qui mélangé à ‘canis’-chien donne canniba… . Ce mot désigne donc une façon de se relier par l’imaginaire à un autre: on s’imagine dans une relation cannibalique à l’autre.
Jean-Pierre Waber a proposé une réflexion sur adoption et introjection. Il souligne la différence entre le premier stade oral fusionnel, vampirique et le second, sadique-oral, cannibalique. Dans le cas de l’adoption, l’éprouvé d’une menace de dévoration – probablement universelle – est ici excitée par l’absence de contact et de continuité avec la mère. L’adolescence est l’épreuve du feu de l’adoption; c’est la mère comme organisatrice du nouveau lien qui est alors le plus durement visée. Le rapport au père permet de déplacer les enjeux, comme représentant une autre façon de survivre à la destructivité. Nous relevons que le rapport à Dieu est souvent qualifié d’adoption, et non de filiation. Tout enfant de Dieu serait donc un enfant abandonné, un enfant qui n’a pu s’inscrire dans une filiation?
Claude Gérard Demaurex a proposé présenté une réflexion sur la nourriture et le fraternel à partir de la figure de Joseph. Il souligne que la préférence de Jacob envers Joseph peut être rattaché au deuil impossible de sa femme Rachel. Comme préféré, Joseph serait en ce sens élu pour soigner, ce qui conduit à penser que ses frères lui rendent service en le séparant de leur père. Le rêve des vaches maigres dénote un dérèglement de l’appétit, les vaches deviennent carnivores, et ne sont pas nourries par ce qu’elles mangent; on peut suggérer un rapprochement entre ce dérèglement et la dynamique d’un deuil impossible. Relu à partir de la fin de l’histoire, on peut comprendre le rêve infantile de Joseph de voir les gerbes de ses frères se courber vers lui comme son désir d’être entouré de ses frères, d’être lié à eux d’un lien nourrissant; et plus largement, que chacun puisse être source de nourriture affective pour les autres.
Dates de nos prochaines rencontres: le 6 septembre 2008 avec Michèle Bolli: réflexions sur la Sagesse des proverbes, le 29 novembre 2008 matinée de travail publique avec les Profs. Mondher Kilani et Philippe Jeammet. , le 10 janvier 2009, le 21 mars 2009 et le 20 juin 2009.
Nous projetons en particulier de prendre du temps autour de l’historique de l’association; et de reprendre notre thème sur un angle plus sociopolitique.
La Suisse accueillera le Congrès international en juillet 2009. |